dimanche 28 février 2010

Le Beau sous toutes ses formes

















Coïcidence des dates, le même soir j'ai assisté à deux défilés de mode, l'un organisé par Gouri, ma logeuse et l'autre subventionné par le Consul pour un jeune styliste Indien. Le premier se tenait dans le hall d'un haut lieu de la culture de Kolkata. En attendant le début du défilé, mon voisin un écrivain me parle de prix Nobel Français de littérature. Souvenirs dilués de mes lectures d'enfance, je réponds hésitant. Et vous savez qui refusa le prix Nobel ? "Partré" ? Ah oui Sartre. Heureusement, Gouri arrive, magnifique, éclatante d'or. Son défilé présente les plus beaux sarees depuis l'origine à aujourd'hui dans une allégorie de films muets. Les mannequins avancent lentement, prennent des poses de la vie quotidienne... que j'imagine de princesses. Je ne retiens qu'avec difficulté un fou rire lorsque un mannequin prend la pose devant moi. Confus je vois une larme perler que j'attribue au conflit intérieur des traditions.
Je quitte le monde sirupeux de Barbara Cartland pour l'univers trash de John Galliano. Il se tient autour de la piscine d'un hôtel au luxe occidental. Le concept du soir est de faire défiler des mannequins pro en tenue occidentale et des femmes d'expat en saree. Musique hip-hop, lumière tamisée, cocktail en main nous écoutons le discours du Consul, décallé avec son étiquette. Les mannequins arrivent dans un déhanché très Dior. C'est beau, c'est ce que je connais mais il manque ce clin d'oeil. Il nous est donné par les femmes des expats qui s'amusent à prendre la Dior attitude. Ce soir, c'est le saree qui allait aux femmes. Autre temps, autre lieu, autre beauté.

Du Baul au choeur













Voici quelques week-ends, j'ai été invité à l'anniversaire d'un cinquantenaire, Santanu. Rencontré lors d'une soirée avec la communauté Française, cet artiste Bengali enrolla presque l'ensemble des personnes présentent ce soir. Moi, j'étais curieux de voir comment on vit en Inde ce passage à l'âge mûr et ravi de sortir quelques jours de Kolkata. Première expérience de train : gare d'Howrah qui est une ville dans la ville avec ses marchands du temple, une foule impressionnante à chaque arrivée de train, des trains qui n'ont plus d'âge. Je m'attendais au pire et constate que le désordre réel est en fait organisé et les gens affables : j'occupe la place indiquée sur le billet acheté sur internet et le train part à l'heure. Nous déjeunons dans un restaurant tenu par un jeune couple indo-espagnol vivant à l'heure de 68. Ont-ils trouvé l'élixir de jouvance ou est-ce la vie en nouriture bio et vêtement bio ? Le soir nous rejoignons la maison d'un ami de Santanu. Pieds nus sur un tapis étalé dans le jardin, un verre d'alcool dans la main, nous sommes installés en rond autour de personnes âgées. Est-ce la famille, un conseil de sages ? Non, ce sont des Bauls. Ah ? Ils sont célèbres et ont fait des tournées dans le monde. Ah bon ? Silence religieux... qu'est-ce je fou là. Voilà Santanu, je vais savoir si je me trouve dans un asram pour une séance d'initiation. En guise d'introduction, il se met à chanter, puis chaque "sage" à son tour dans ce qui ressemble à une joute verbale. Mon voisin m'explique que les Bauls vivent leur religion en chantant des poëmes improvisés (c'est l'indian rap). Compte tenu des applaudissements nourris, je regrette de ne rien comprendre. L'alcool aidant me voilà bercé par cette musique répétitive qui fini par m'emporter dans une sorte de bien être. Il est tard, tenant éveillé par notre esprit Woodstock 69, nous nous engouffrons à 10 dans le même taxi.
Côté jour, Bolpur est le lieu de l'université de Tagore, prix Nobel de littérature Indien. Personne exceptionnelle, célèbre à 30 ans, a reçu des subventions de l'Etat pour créer un lieu magique au milieu des arbres, idéal pour réinventer la philosophie.